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Dimanche 2 février 2003
| Basile, 22 mois, séronégatif, né d'une maman séropositive
BANGUI, 2 fév (AFP) - Basile a 22 mois. Sur la photo collée au mur de la maternité du quartier de Boy Rabé, à Bangui, il apparaît comme un beau bébé au sourire charmeur. Il est le premier enfant séronégatif à être né d'une maman séropositive suivie dans le cadre d'un projet de prévention de la transmission mère-enfant (PTME) du VIH.
Lancé en mars 2001 avec le soutien de l'UNICEF, ce projet vise à réduire le risque de transmision du virus de la mère à l'enfant. "Dans les pays comme la Centrafrique, ce risque se situe habituellement entre 30 et 45% des grossesses. Notre objectif est de le réduire de 35%", explique le coordonnateur du projet, le Dr Hiacynthe Lao.
La première tâche est d'abord de faire accepter le test de dépistage aux femmes enceintes lors de leur première consultation prénatale. "Les femmes accepteraient assez facilement. Le problème, c'est souvent les réticences des hommes", observe Louise Somoni, chargée de convaincre les futures mamans de l'importance de l'enjeu, sachant qu'à Bangui le taux de séro-prévalence chez les femmes enceintes se situe entre 12 et 30% selon les sites.
En moyenne, depuis le lancement du projet, plus de 70% des femmes se sont soumises au dépistage.
"Si le test est positif, nous donnons des conseils en matière d'alimentation et nous surveillons l'apparition d'éventuelles maladies opportunistes. Puis, à la dernière visite, nous donnons à la femme un comprimé d'un anti-rétroviral (ARV) qu'elle devra prendre dès l'apparition des premières contractions", expose la sage-femme, Mme Odette Passé-Ndoum.
L'accouchement s'effectue dans des conditions renforcées d'aseptie et en évitant au maximum tout traumatisme. Le nouveau-né reçoit dans les 72H00 une dose d'ARV mais c'est seulement à l'âge de 15 mois qu'il sera possible de déterminer avec certitude s'il a échappé à la séropositivité.
La transmission mère-enfant peut survenir à divers moments: pendant la grossesse (7% des cas), pendant l'accouchement (14%) mais aussi pendant l'allaitement (14%), souvent très prolongé en Centrafrique où 95% des bébés sont encore nourris au sein à un an.
L'un des obstacles rencontrés par le projet est précisément cet allaitement maternel prolongé: "plus on prolonge l'allaitement, plus on accroît le risque de transmission du virus, surtout au-delà de six mois", constate Mme Passé-Ndoum.
Réduire la durée de l'allaitement va à l'encontre de la tradition mais pose aussi des problèmes économiques. Car le lait maternisé de substitution représente un coût très élevé dans un pays où, avant la dernière crise politico-militaire toujours en cours, les deux tiers des Centrafricains vivaient déjà en-dessous du seuil de pauvreté.
"Face à ce coût, on propose aux femmes un allaitement limité à quatre mois suivi de l'introduction progressive des autres aliments", précise le Dr Lao.
Jusqu'à présent, les résultats sont à la hauteur des objectifs. Sur les 41 enfants nés dans cette maternité et ayant dépassé les 15 mois, âge auquel leur statut sérologique peut être établi avec certitude, 37 se sont révélés séronégatifs.
Reste le problème des mamans qui, la plupart du temps, n'ont pas les moyens de suivre un traitement ARV, prohibitif pour le budget familial.
Ce projet de prévention devait être étendu à partir de mars à quatre hôpitaux régionaux. Mais la crise que traverse le pays depuis fin octobre risque de retarder sa mise en oeuvre: trois de ces quatre hôpitaux se trouvent désormais en zone rebelle.
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par ericjeanloicbreton le 2003-02-02 08:41:16
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Dimanche 2 février 2003
| Le pape dénonce "la logique mercantile" dans la reproduction humaine moderne
CITE DU VATICAN, 2 fév (AFP) - Le pape Jean Paul II a dénoncé dimanche "une certaine logique mercantile" dans les techniques de reproduction moderne, visant essentiellement le clonage, mais aussi la reproduction artificielle.
"Une certaine logique mercantile, alliée aux technologies modernes, peut parfois profiter de désirs humains bons en soi, comme celui de devenir mère et père, pour pousser à vouloir un enfants +à tout prix+", a déclaré le pape au cours de l'Angélus dominical.
"La vie humaine ne peut en réalité jamais devenir un +objet+ : de la conception à la mort, l'être humain est le sujet de droits inviolables devant lesquels la liberté doit savoir s'arrêter", a ajouté Jean Paul II.
Dans ce contexte, "il est indispensable que les Etats se dotent, dans des matières aussi complexes, de lois organiques et claires, fondées sur de solides bases ethniques, destinées à protéger le bien inestimable de la vie humaine", a jugé le souverain pontife.
Le pape, qui s'exprimait de la fenêtre de son appartement au Vatican à plusieurs milliers de fidèles réunis place Saint Pierre par une journée ensoleillée, mais froide, a regretté "les situations dans lesquelles la personne humaine devient l'instrument des intérêts économiques, politiques, scientifiques, surtout quand cette personne est faible et ne peut pas se défendre".
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par ericjeanloicbreton le 2003-02-02 08:40:17
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Dimanche 2 février 2003
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 Le Point, n° 1585 Société, vendredi 31 janvier 2003, p. 54
Prostitution Ces filles qu'on ne voit jamais dans la rue
Olivia Recasens; Christophe Labbé; Jean-Michel Décugis
Alors que Nicolas Sarkozy déclare la guerre à la prostitution de rue, la prostitution « invisible », elle, prospère. Etablissements de relaxation, salons de massage, bars « topless »...
«Bonjour, Je m'appelle Jenny, j'ai 27 ans, je suis étudiante en langues et littérature. Je suis également escort-girl occasionnelle, ce qui me permet de financer mes études. » Pour prendre contact avec cette jolie brune aux yeux verts, il faut composer le numéro de portable affiché sur la page d'accueil de son site Internet. Ou envoyer un e-mail, comme Le Point l'a fait. La réponse n'a pas tardé : « Je me déplace de préférence en soirée sur Paris. Mes prestations débutent à 380 euros pour une rencontre d'une heure. » Avec cette précision : « Je ne pratique pas la sodomie et tous les rapports sont protégés. »
Il suffit de taper « escort-girl » dans un moteur de recherche sur l'Internet pour accéder à des centaines de sites d'« accompagnatrices ». En clair, de jeunes étudiantes ou apprenties mannequins qui monnaient leurs charmes. Alors que le ministre de l'Intérieur, Nicolas Sarkozy, a déterré la hache de guerre contre la prostitution de rue, en faisant du racolage un délit passible de deux mois d'emprisonnement et d'une amende de 3 750 euros, la prostitution « invisible » ne cesse de prospérer. Confrontées à l'arrivée massive des « filles de l'Est » au milieu des années 90, et plus récemment des Africaines, les prostituées françaises se sont repliées sur le Net, mais aussi vers les « instituts » de massage, les boîtes de nuit spécialisées, les bars à hôtesses, les studios ou les salons d'attente des palaces. Officiellement, la prostitution discrète représente plus de 20 % des dix-huit mille prostituées qui officient en France. Mais les policiers spécialisés reconnaissent eux-mêmes qu'il ne s'agit que de la partie émergée de l'iceberg.
Rien qu'à Paris, un millier de studios sont dévolus à la prostitution en appartement. Le nombre d'établissements de « soins corporels », où se sont reconverties d'anciennes prostituées de rue, a, lui, doublé en cinq ans. Il en existerait actuellement près de trois cents.
« C'est moins vulgaire... »
Pour dénicher les adresses qui proposent, moyennant 100 à 200 euros, « fellation », « sauna coquin », « massage anal » ou « raffinements au miel », il suffit de consulter les Pages Jaunes à la rubrique « relaxation », ou de feuilleter les revues spécialisées vendues en kiosque. Une fois par mois, Gilles, 40 ans, agent d'assurances, se rend dans un salon de massage. « On m'offre le thé et on peut discuter avec les filles. C'est moins vulgaire et moins dangereux que dans la rue. C'est aussi plus discret. Et puis, comme je ne vais jamais plus loin que la fellation, je n'ai pas l'impression de tromper ma femme. » Sur les huit mille prostituées parisiennes, un tiers, selon l'Office central pour la répression de la traite des êtres humains (OCRTEH), travaillerait dans les salons de massage et les bars à hôtesses. Paris compte ainsi cent quarante bars « topless », auxquels s'ajoutent les boîtes de nuit spécialisées. Un jeune cadre, habitué d'un club privé parisien du Quartier latin, raconte : « Il y a un jeu de séduction. On peut croire que l'on drague et que l'on plaît à la fille. »
Les escort-girls sont souvent des occasionnelles qui font des extras pour arrondir leurs fins de mois ou s'offrir une voiture. « Nous avons par exemple affaire à des femmes divorcées qui ont choisi de se prostituer pour garder leur train de vie, indique le commissaire Daniel Rigourd, patron de la Brigade de répression du proxénétisme (BRP). Elles le font de temps en temps, souvent lors de week-ends facturés 3 000 ou 4 000 euros. » C'est le cas de Camille. Cette quadra à la beauté hitchcockienne, qui s'est séparée de son mari pilote de ligne, se prostitue deux fois par mois pour « maintenir [son] standing ». « Il m'arrive aussi d'accompagner simplement des hommes, seuls ou en couple, pour les mettre en valeur lors de dîners professionnels », explique-t-elle. Camille a monté, comme la plupart des escort-girls, son propre site Internet. D'autres préfèrent recourir à des agences internationales qui mettent en ligne des catalogues.
En mai 2001, la BRP a fait tomber l'un des plus importants réseaux de prostitution de luxe jamais découverts. Près de cinq cents escort-girls oeuvraient dans vingt-cinq pays pour le compte de Margaret MacDonald, qui doit bientôt passer en jugement. Cette Britannique de bonne famille, diplômée de l'Ecole polytechnique de Londres, facturait ses filles 1 000 euros de l'heure et 3 000 euros le week-end à de riches hommes d'affaires, des membres du show-business et des sportifs connus, empochant au passage 40 % de commission. La « business-woman du sexe », comme l'ont surnommée les policiers français, parlait cinq langues et jonglait avec quinze puces de téléphone différentes. C'est à sa sortie d'un grand hôtel parisien, où elle venait de rencontrer de nouvelles recrues, que Margaret MacDonald a été arrêtée. Devant les policiers, certaines escort-girls ont fondu en larmes. « Elles prenaient conscience pour la première fois de l'avilissement de leur corps. Pour la plupart, il s'agissait d'occasionnelles », raconte le commissaire Rigourd.
Reste que traquer la prostitution souterraine est particulièrement compliqué. « En l'absence de racolage sur la voie publique, établir les faits est long et difficile, explique Daniel Rigourd. Nous n'avons pas le droit de faire de la provocation, c'est-à-dire de jouer le client pour constater l'infraction. » Nicolas Sarkozy a bien promis de doubler les effectifs chargés de la lutte contre le proxénétisme, mais pour le moment la force de frappe se résume dans toute la France à une soixantaine d'enquêteurs. « Le nombre de policiers spécialisés a fondu d'année en année », s'insurge Patrick Mauduit, l'un des responsables du syndicat Synergie. Le paradoxe est que l'interdiction du racolage, votée par l'Assemblée nationale le 21 janvier, risque de compliquer encore la tâche des policiers. Désormais chassée du trottoir, la prostitution, loin de disparaître, va se faire de plus en plus discrète... -
Encadré(s) :
Yan, 34 ans, prostituée pour élever son fils en Chine
Pas de jupe moulante, de bustier avantageux ou de bas résille. Un pantalon strict, un sac à main et un long manteau. Yan, 34 ans, n'a rien d'une prostituée. Pourtant, tous les après-midi, comme des dizaines d'autres Chinoises, elle tapine discrètement à Strasbourg-Saint-Denis, à Paris.
Depuis un an, une nouvelle prostitution, liée à une vague d'immigration issue des régions industrielles sinistrées du nord de la Chine, est apparue dans la capitale. La majorité de ces femmes, âgées de 30 à 45 ans, sont d'anciennes fonctionnaires, employées de bureau ou commerçantes, venues seules en France, en laissant derrière elles conjoints et enfants. Selon la Brigade de répression du proxénétisme (BRP), elles seraient une centaine à se prostituer dans la capitale, principalement dans les 10e et 11e arrondissements. La plupart ont fait une demande de droit d'asile auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, qui leur fournit des papiers provisoires et une petite allocation.
Toutes expliquent leur départ de Chine par des raisons économiques. « Je tenais une boutique de vêtements, qui me rapportait environ 800 yuan [100 euros] par mois. Une fois payé le loyer du magasin, de mon appartement et de la scolarité de mon fils, il ne me restait pratiquement rien pour vivre », raconte Yan, qui a accepté de nous rencontrer dans le local de l'ASCL, une association d'aide à l'insertion des ressortissants chinois. L'entretien s'est fait en présence d'une interprète, car Yan, en France depuis seulement quatre mois, ne parle pas un mot de français.
« J'ai choisi la France parce qu'on m'avait dit que je pourrais y trouver un bon travail et que c'est le pays des droits de l'homme », explique la jeune femme, qui a laissé la garde de son fils de 11 ans à son ex-mari, coiffeur. Yan a dû emprunter pour acheter son billet d'avion (et un visa touristique français). « Cela m'a coûté environ 10 000 euros. » Comme ses autres compagnes d'infortune, elle est passée par une agence de voyages chinoise qui travaille avec des correspondants en Europe. « J'ai atterri à l'aéroport de Rome avec un sac de voyage pour tout bagage. Là un passeur m'attendait pour me mettre dans un train direction Paris. » A la gare de Lyon, un autre homme conduit Yan dans un tapou, un appartement collectif au coeur du quartier de Belleville, où vivent déjà une dizaine d'autres Chinoises, qui paient chaque mois 110 euros pour une simple couchette sur un lit superposé. « Quand je suis arrivée là, je me suis mise à pleurer. Cela ne ressemblait à rien de ce que j'avais imaginé. »
Les tapous appartiennent à des Chinois originaires de la région de Wenzhou. Une communauté installée en France depuis la Première Guerre mondiale, et qui possède la plupart des ateliers de confection des 3e et 20e arrondissements de Paris. C'est d'ailleurs dans l'un d'entre eux que Yan a été embauchée une semaine après son arrivée. « Pendant vingt jours, j'ai travaillé de 9 heures à minuit, je faisais les finitions. J'ai touché 450 euros. Pas assez pour payer ma chambre, rembourser mes dettes et envoyer de l'argent pour mon fils. » Un jour, une des filles du tapou avoue à Yan qu'elle se prostitue et lui propose de l'accompagner. « Au début, c'est très dur, mais on s'habitue. Quand je suis avec un type, je pense à l'argent que je vais gagner », confie Yan. Ses clients sont essentiellement des Turcs qu'elle emmène, moyennant 30 euros, dans un petit hôtel de passe. « A la fin du mois, cela me fait près de 1 500 euros. » Comme la majorité des prostituées chinoises, Yan affirme ne pas avoir de proxénète. Elle téléphone au moins deux fois par mois à son fils pour lui raconter la France. « Je lui dis que ça va, que je travaille dur. Ma famille n'est au courant de rien. Je dois protéger mon honneur. »
Pour le moment, Yan a une idée fixe : apprendre le français pour trouver du travail, et peut-être un mari. De son petit sac à main noir elle extirpe avec fierté un manuel d'initiation au français et trois cassettes audio. La jeune femme espère un jour imiter son amie, une ex-comptable arrivée en France il y a trois ans, qui a épousé un électricien français et vient d'acheter un petit pavillon en banlieue parisienne. Parfois, les colocatrices du tapou font la fête entre elles pour se remonter le moral. « On se fait du boeuf grillé, je n'en avais jamais mangé avant d'arriver ici. On parle des Français, et on imagine comment pourrait être notre futur mari... » -(traduction Pauline Jubert)
J-M. D., C. L. et O. R.
Catégorie : Anecdotes/Société Sujet(s) uniforme(s) : Internet, technologies de l'information et multimédia; Sexualité et moeurs Taille : Long, 1262 mots
© 2003 Le Point. Tous droits réservés.
Doc. : 20030131PO158505401
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par ericjeanloicbreton le 2003-02-02 08:30:06
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Vendredi 31 janvier 2003
Les archives révèlent que Wallis Simpson entretenait une liaison adultère avec un homme marié alors même qu'Edouard la courtisait Edouard VIII et Wallis Simpson à la lumière des archives
(AFP) [31 janvier 2003]
 Discours avorté, amant secret, liens avec les nazis: une série d'archives officielles rendues publiques hier éclairent d'un jour nouveau la retentissante abdication en 1936 d'Edouard VIII, le roi qui a renoncé au trône d'Angleterre pour l'amour d'une femme. Couronné après la mort de son père George V en janvier 1936, Edouard VIII fait rapidement savoir au gouvernement qu'il souhaite épouser Wallis Simpson, une Américaine divorcée. Le Premier ministre Stanley Baldwin s'y oppose au nom de l'intérêt du pays. Edouard propose alors un compromis sous la forme d'un mariage morganatique, qui éviterait à Wallis Simpson de devenir reine. Nouveau refus du gouvernement. Pour tenter de court-circuiter ce veto, le roi envisageait de plaider sa cause directement auprès de ses sujets dans un discours passionné, révèlent ces documents d'archives jusqu'alors tenus secrets. «Ce soir, je vais vous parler comme à mes amis», prévoyait de déclarer à la radio le jeune roi, avant d'expliquer qu'une vie conjugale heureuse avec «la femme qu'(il) aime» l'aiderait à affronter «le lourd fardeau» de ses fonctions. Le roi ne prononcera jamais ce discours, grâce auquel il espérait inverser le cours de l'histoire: Stanley Baldwin s'y opposera, toute déclaration royale d'intérêt public devant obtenir le feu vert préalable du gouvernement. Le 11 décembre 1936, le Parlement entérine l'abdication d'Edouard VIII qui, redevenu simple duc de Windsor, part rejoindre l'amour de sa vie en Autriche, puis en France. Les archives révèlent en outre que Wallis Simpson, tout comme Edouard VIII, était espionnée par la police. Celle-ci a découvert que la jeune femme entretenait une liaison adultère avec un homme marié alors même qu'Edouard la courtisait, une révélation qui faisait les gros titres des journaux jeudi. Un rapport de Scotland Yard dépeint l'amant, Guy Trundle, comme un «aventurier très charmant, de très bonne apparence, de bonne éducation et excellent danseur». Wallis Simpson lui a donné de l'argent, l'a couvert de cadeaux coûteux. Wallis Simpson ne sort pas grandie de ces révélations: présentée comme une femme volage, elle se vantait en outre de ses bonnes relations avec Adolf Hitler, qui avait reçu le duc et la duchesse de Windsor lors d'une visite controversée en octobre 1937. Rien ne permet pour autant, à la lecture des documents officiels, de confirmer les sympathies pronazies présumées du couple, objets de nombreuses supputations depuis plusieurs décennies. Si elles ne contiennent aucune révélation fracassante, ces archives déclassifiées confirment à l'occasion ce que nombre d'historiens supposaient depuis longtemps. Par exemple, que la reine-mère Élisabeth, décédée en mars 2002 à l'âge de 101 ans, a tout fait pour s'opposer au retour en Grande-Bretagne du duc de Windsor et de la duchesse, exilés en France où ils finiront leurs jours. La reine-mère, qui à cette époque était la reine Élisabeth, épouse du roi George VI, n'a jamais pardonné à son beau-frère d'avoir provoqué, en abdiquant, l'une des plus graves crises que la monarchie britannique ait connu. C'est apparemment par respect pour la reine-mère que le gouvernement a attendu plus de 66 ans pour déclassifier ces documents «secrets», le délai habituel étant de 30 ans, selon la presse. Les yeux des historiens se tourneront désormais avec gourmandise vers les Archives royales de Windsor où dorment, non loin de son tombeau, les documents personnels de la «Queen Mum». Ils devront toutefois s'armer de patience: selon le Times, le premier historien autorisé à les consulter devrait être le biographe officiel de la reine-mère, mais il n'a toujours pas été choisi.
par ericjeanloicbreton le 2003-01-31 12:28:36
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Jeudi 23 janvier 2003

Semaine du jeudi 23 janvier 2003 - n°1994 - Notre époque
De la Moldavie aux trottoirs de Paris
Le voyage en enfer d’Irina
Débarrasser les villes françaises d’une prostitution trop voyante: c’est l’un des buts du texte présenté par Nicolas Sarkozy devant l’Assemblée nationale. Sanctionner le racolage passif, augmenter les peines, expulser les étrangères: les sanctions paraissent simples. Simplistes. Et même dangereuses selon de nombreuses associations. Mise en esclavage, une jeune Moldave témoigne
Tout le monde dans la rue la regarde. Non pas pour ses longs cheveux bruns, ses yeux clairs noyés dans le fard à paupières et son incroyable blouson à paillettes argentées. Ils la regardent parce qu’ils savent, ils savent qu’elle a, pendant des mois, «fait trottoir à Paris». Ces choses-là, on ne s’en débarrasse pas comme ça. La honte, la saleté, la peur doivent encore marquer son visage. Irina (1) en est persuadée. Alors elle marche vite, tête baissée, petit animal traqué. Elle a débarqué en France il y a un an, à Noël. Elle avait demandé une vie meilleure et s’est retrouvée le soir du réveillon, porte de la Villette, à attendre dans le froid son premier client. Piégée, exploitée comme des milliers d’autres jeunes femmes d’Afrique et d’Europe de l’Est. Son pays à elle, c’est la Moldavie, l’ancien grenier de l’URSS devenu l’une des contrées les plus pauvres d’Europe. Un peu plus de 4 millions d’habitants paumés entre l’Ukraine et la Roumanie. Irina a grandi dans la campagne, à 200 kilomètres de la capitale, Chisinau. Père prof de sport, mère vendeuse dans une épicerie, quatre sœurs, l’école, l’église le dimanche et le reste du temps à la maison, à faire le ménage et la cuisine. A 15 ans, Irina part apprendre la couture. A 18, elle se marie avec un gars du village, attend rapidement un enfant. Huit mois de grossesse et il annonce qu’il part. La terre ne rapporte rien, à peine 40 dollars les mois de grosse récolte, le jeune homme va tenter sa chance en Russie avec son frère. Elle retourne habiter chez ses parents. Il revient trois fois par an, le temps de lui faire un second enfant, un fils cette fois, et de donner un peu d’argent à sa famille. Les hivers sont longs et rudes, jusqu’à –20 °C, les plaines désertes recouvertes de neige. Depuis la Russie, le mari ne donne aucune nouvelle: «Je ne voulais pas t’entendre te plaindre», dira-t-il à son retour, avant de la quitter. Il offre quelques dollars au juge pour payer le divorce, c’est la règle ici, et encore un peu pour obtenir l’autorité sur ses enfants. Il ne s’en occupe pas mais peut ainsi les récupérer à tout moment. Le père d’Irina meurt d’un cancer, la mère perd son travail. Elle n’a plus de quoi nourrir la famille, et encore moins les enfants de sa fille divorcée. Irina se sent de trop. L’après-midi, elle discute souvent avec une voisine, amie de sa sœur aînée. A 25 ans, Racula est déjà partie en Turquie comme «danseuse» de bars. Tout le village sait qu’elle a dû se prostituer, comme tant d’autres. La télé, la radio, les journaux parlent souvent de ces jeunes, prisonnières des réseaux. Selon les sources moldaves, près du tiers des femmes de moins de 30 ans auraient ainsi disparu. Racula, elle, est revenue, avec de jolies robes, des parfums, des tas d’histoires sur ses voyages, ses rencontres... Elle n’a pas l’air malheureuse. Irina lui dit qu’elle aussi voudrait changer de vie, mais pas comme ça. La jeune femme laisse ses enfants à sa mère et décide d’aller chercher du travail à Chisinau, où habite une de ses sœurs. Elle est embauchée dans une usine de vin, douze heures par jour, un salaire de misère. Un soir, mi-décembre, une petite blonde potelée sonne à la porte. Irina la reconnaît: c’est Alona, une fille du village, mère de trois enfants, une amie de Racula justement... «Il paraît que tu veux partir. Mon copain peut t’aider, il est en bas.» Par la fenêtre, Irina aperçoit une grosse Mercedes grise aux vitres fumées. «C’est lui?», demande-t-elle, émerveillée. L’homme, d’une cinquantaine d’années, l’attend dehors. Il a «un beau costume et des chaussures neuves». Il dit qu’il peut l’aider à partir en France, lui fournir un visa, des billets, du travail. La France? «C’est où, ça? Je ne connais pas la langue.» Il la rassure: «Pas besoin, les machines ne parlent pas français» et lui raconte qu’il a aidé de nombreuses filles, qui le considèrent maintenant comme un «sauveur». Et puis Paris, c’est la belle vie, la tour Eiffel, les boutiques, les grands restaurants: «Il faut que tu passes Noël là-bas, tu verras, c’est merveilleux. Départ dans trois jours, décide-toi vite.» Irina regarde la Mercedes s’engouffrer au coin de la rue. Le destin, cette fois, est peut-être avec elle. «Fini la Moldavie, la merde, la pauvreté.» Ils n’ont pas discuté du travail, mais l’homme a parlé de «machine». Dans sa tête, elle sera couturière. Le «sauveur» revient le lendemain chercher des photos pour lui faire un faux passeport russe. «Emmène de belles affaires, des bijoux. Le reste, on achètera sur place.» Elle est censée jouer les riches Moscovites en visite à Paris. Irina retourne au village prendre ses deux plus belles robes. «Maman va gagner beaucoup de sous et revenir vous chercher», dit-elle aux enfants. Sa mère est en larmes: «Fais attention.» Le lendemain, elle est au rendez-vous, à la tombée de la nuit, au départ des cars pour l’Italie. Des couples, des familles chargées de paquets qui partent, fuient le froid et la misère. Trois autres filles aussi jeunes, aussi jolies, sont là, leur petit sac sur le dos. Le «sauveur» les confie à un ami, Goran. Il leur donne 500 dollars, les faux passeports, des chips et du chocolat. «Interdiction de discuter entre vous», surtout pas en moldave. Elles parleront russe, la langue qu’elles ont apprise à l’école. Irina regarde s’éloigner Chisinau sous la neige, ses grands bâtiments staliniens, le Palais du Peuple, l’Opéra, cette ville triste et grise qu’elle n’a jamais aimée... Au premier poste-frontière, en Roumanie, une des filles est démasquée, son faux passeport déchiré. Elle doit descendre. Une belle proie, Louna, à peine 18 ans, des jambes sans fin, le réseau ne la lâchera pas, elle reviendra... Les paysages défilent, Roumanie, Hongrie, Slovénie, des heures et des heures à imaginer, dans un mélange d’inquiétude et d’excitation, les couleurs de sa nouvelle vie. Le surlendemain, vers midi, le car arrive à Milan. Goran emmène les filles à l’hôtel et les embarque le lendemain dans un TGV pour Lyon puis Paris. «Le train, pour moi, c’était la première fois. On s’était habillées comme des reines, on était toutes contentes.» Le fils du «sauveur», Sergueï, les attend gare de Lyon. Un grand maigre, jeune, 20-25 ans peut-être, en jean et veste de daim. Lui aussi a une Mercedes, rouge intérieur cuir. Irina lui fait la bise: «Elle est belle ta voiture!» Il habite en banlieue, à Drancy, dans une grande maison, avec télé et cuisine aménagée. Dans le salon, quatre jeunes femmes en minijupe, deux Moldaves et deux Roumaines, prennent l’apéritif. Irina sent soudain une boule dans sa gorge, comme un mauvais pressentiment. Sur la table, du saumon, des gambas, du jambon fumé, Sergueï lève son verre: «C’est une belle histoire qui commence pour vous.» Le lendemain, au réveil, il annonce qu’il va falloir se «mettre à travailler trottoir». Irina s’y attendait. Toute la nuit, les recommandations de sa mère, de la télé, les paroles de Racula ont tourné dans sa tête. Mais une part d’elle croyait encore au miracle. Elle s’effondre. «J’ai pensé: moi mourir.» Ou fuir, mais comment et où? Qui, dans ce foutu pays, la comprendra? Le jeune patron distribue des petites fiches, avec quelques mots: «Bonsoir», «40 euros la pipe, 50 la totale», «On y va», à apprendre par cœur. Un paquet de mouchoirs et des préservatifs. Le soir du réveillon, vers 20 heures, il dépose les Roumaines et les Ukrainiennes porte de Bagnolet puis les Moldaves porte de la Villette. Il dit qu’il reviendra à 4 heures du matin. En fait, il surveille de loin les nouvelles recrues. Plus tard, une fois le système bien rodé, il distribuera des portables et choisira l’une d’elles comme fille de confiance. Irina a dû lâcher ses cheveux, enfiler une jupe courte et de hauts talons. Premier client: un homme jeune avec un gentil sourire. Irina sort sa petite fiche et ânonne: «Bonsoir, c’est 40 euros...» Il l’emmène un peu plus loin dans un parking. Elle reste assise, tétanisée. «Il m’a dit: "Toi, très belle, pourquoi faire ça?"», se souvient-elle. Il lui a donné 50 euros et l’a redéposée à sa place. Après, il a bien fallu s’y mettre, tous les soirs, même le dimanche, et même avec 39 de fièvre, «avec des jeunes, des vieux, des laids, des qui sentent pas bon ou qui voulaient faire l’amour par derrière à plusieurs...». En moyenne trois ou quatre clients par nuit. Tout l’argent va à Sergueï. Les filles reversent le butin dès qu’il les récupère au petit matin. A moins de 150 euros chacune, il gueule. Il dit qu’elles pourraient bosser plus, quitte à baisser les prix, menace de les vendre à des copains albanais. Des brutes qui frappent et brûlent les incapables à la cigarette. A son retour à Drancy, Irina se lave des heures sous la douche. Une soupe, du pain au Nutella, des discussions jusqu’au lever du soleil avec les copines de galère... Elles dorment toutes dans la même chambre, regardent la télé puis se préparent pour le travail. Les jours défilent ainsi. Sergueï les dépose parfois porte de la Chapelle ou à Vincennes. Il pense les envoyer bientôt à Lyon ou à Marseille, sous la protection de ses cousins... La marchandise, pour ne pas être repérée, doit tourner. Un soir, Irina monte avec un homme chauve à lunettes, Atef. Elle a bu quelques lampées de vodka pour se réchauffer. Dans la voiture, elle sanglote: «Pour moi, l’amour kaput.» La jeune femme, qui commence grâce aux séries télé à parler le français, balance quelques bribes de son histoire. Il l’écoute, la paie et lui demande de s’habiller chic. Demain, ils iront danser. Atef l’emmène sur une péniche, «j’avais peur, moi beaucoup vu "Titanic"», offre le champagne et puis l’hôtel. Il lui dit de se doucher et de dormir. Que veut-il? «Je vais te sauver, je reviens demain.» Encore un sauveur... Irina se méfie, mais elle n’a pas le choix. Tout plutôt que retourner dans la maison-prison de Drancy. Sergueï laisse dix, vingt messages sur son portable, il dit qu’elle lui doit les 3000 dollars du voyage, qu’il la retrouvera, qu’il la tuera. Déjà, une Ukrainienne a filé la semaine dernière avec un client de 60 ans... Il devient fou. Atef réapparaît le lendemain. Il est marié, père de famille, alors il conduit sa protégée moldave chez un copain avant de contacter fin mai une association, l’Amicale du Nid. Irina, comme beaucoup de victimes des réseaux, ne veut pas y aller. Qui sont ces gens, des flics? Pourquoi leur accorderait-elle sa confiance? Dans son pays, les services sociaux n’existent pas, les fonctionnaires marchent main dans la main avec la mafia locale, les copines de classe vous vendent, pour quelques dollars, un voyage en enfer. Elle tremble de retomber entre les mains de Sergueï, ses frères, ses cousins, ses copains russes ou albanais, qui, malgré les recherches de la police, trafiquent encore dans toute l’Europe de l’argent, de la drogue et des femmes. Elle tremble pour sa famille, sa mère et ses enfants, qui croient qu’elle mène la vie belle à Paris et se demandent «pourquoi elle n’a toujours pas envoyé d’argent». Il faudra des mois, l’attention, le soutien quasi quotidien d’une éducatrice russophone, avant qu’Irina ne s’ouvre. Des mois pour qu’elle accepte de parler à la police, qui finit par reconnaître qu’elle relève du dispositif de lutte contre la traite des êtres humains. Grâce à sa volonté, son caractère, sa chance aussi, d’avoir pu s’échapper avant d’être trop cassée... Irina sera peut-être sauvée. Une fille parmi des centaines d’autres qu’on laisse crever sur le bord de la route ou qu’on arrête, désormais, comme des criminelles. Elle vit aujourd’hui quelque part en France dans un CHRS (centre d’hébergement et de réinsertion sociale), avec l’espoir de trouver une place de couturière et de faire venir ses enfants auprès d’elle. Irina vient d’obtenir, grâce à l’acharnement de l’association, une autorisation de travail et un permis de séjour pour six mois. Et après? Après, la nouvelle loi sera sans doute entrée en vigueur. Peut-être lui proposera-t-on de retourner là-bas en Moldavie, retrouver les bonnes copines et le gentil monsieur à la Mercedes grise... Sophie des Déserts
(1) Les noms et prénoms sont fictifs. | «On réprime à tout-va sans réfléchir»«Speedy Sarkozy» n’a pas failli à sa réputation. Il s’était promis de faire propre, de trouver vite une solution pour se débarrasser des quelque 15000 filles de joie, étrangères pour deux tiers d’entre elles, qui salissent les trottoirs de France. Son projet de loi sur la prostitution a été sévèrement critiqué. Par la gauche, les féministes, les associations humanitaires et les professionnelles elles-mêmes, qui ont manifesté pour la première fois depuis 1975... Mais le ministre n’a rien voulu entendre. «Nous avons été étonnés par la légèreté avec laquelle cette loi a été conçue, s’indigne Eric Kerimel, secrétaire général de la Plate-forme contre la Traite des Etres humains. Sans tenir compte ni des travaux parlementaires antérieurs ni de l’avis des associations de terrain. On réprime à tout-va, sans réfléchir.» Le racolage, qu’il soit actif ou passif, devient un délit passible de dix mois de prison (finalement réduit, par l’Assemblée, à deux mois) et 3750 euros d’amende. Les prostituées, ainsi totalement soumises à l’arbitraire policier, peuvent être placées en garde à vue 48 heures. «La prostitution va devenir plus clandestine, s’inquiète Isabelle Denise, chef de service d’Intermède, de l’Amicale du Nid. On voit déjà la situation changer. Les filles travaillent de plus en plus par petites annonces, par portables, dans les bars, les discothèques, des appartements loués ou squattés, à la merci des clients...» Les associations de terrain ont ainsi plus de difficultés à les approcher et à continuer leur travail de prévention. Sarkozy a certes augmenté les effectifs de l’Ocreth: une trentaine de policiers désormais pour lutter contre des réseaux mafieux ultra-organisés... Leurs victimes ont vraisemblablement plus de soucis à se faire. Elles peuvent être privées de leur titre de séjour éventuel et ramenées au pays... A moins qu’elles n’acceptent de porter plainte contre leur proxénète au terme de la garde à vue. Pour beaucoup de responsables associatifs, comme Isabelle Denise, «c’est irréaliste. Ces filles ont vécu un enfer, elles ont peur de tout y compris de la police, qui chez elles est souvent corrompue. Il faut les aider, leur donner du temps». En Belgique, on leur laisse 40 jours de réflexion. En Italie, on leur propose de les protéger et de les aider à trouver un travail. A la seule condition qu’elles ne retournent pas sur leurs lieux d’exploitation. S. des D. La colère d’une «traditionnelle»
«Elles qui ont toutes voté à droite comprennent maintenant leur malheur.» Cathy, 30 ans, yeux bleus, cheveux blonds mousseux, de faux airs d’Arielle Dombasle. Elle se souvient de la sympathie de ses collègues de la rue Saint-Denis pour Sarkozy. «Elles pensaient qu’il n’allait taper que sur les petites étrangères qui prennent le pain des "traditionnelles".» Et puis dès l’automne les contrôles de police se sont multipliés. Ils pourraient bientôt leur coller une amende et un séjour en prison. Certaines filles savent déjà qu’elles devront accepter les petits arrangements... D’autres pensent partir, aller travailler dans un club, un hôtel, un bar... à l’abri des regards. A 25 ans, Cathy avait un copain, un appartement, un boulot, responsable de parfumerie. «Mais il ne se passait rien dans ma vie.» Et puis il y a eu Dan, un mec de banlieue comme elle, un peu voyou, un peu rêveur, qui travaillait dans le même centre commercial. Pour lui, la jeune femme, originaire de Picardie, a tout plaqué. Il l’a installée dans un grand appartement à Aulnay et l’a couverte de cadeaux. Un jour, il a dit qu’il n’avait plus d’argent: il fallait rembourser. «En trois mois c’est réglé. Je vais te présenter des copines qui vont t’aider.» Des filles, devenues prostituées après avoir succombé au même numéro de charme. Les débuts sont durs, mais Cathy se blinde. «Je dis au mec: "Viens, enlève ton pantalon." Je mets le préservatif, c’est totalement désincarné, mécanique.» A l’entendre, presque une simple prestation de service: «Le prix d’appel, c’est 50 euros, et tu rajoutes pour les petits extras: les caresses, le vinyle, le fouet...» Ça lui a rapporté jusqu’à 7500 euros par mois. Dan en prélève 30%, jusqu’à ce qu’il tombe pour proxénétisme. Avec le reste, elle s’offre des cours de peinture, des robes Gucci, des voyages aux quatre coins du monde... «J’aurais pu arrêter, une fois les dettes remboursées, mais je suis devenue prisonnière de ce train de vie, de cette liberté.» De ce système, qui l’oblige aussi à mentir sans cesse à son copain, sa sœur, ses parents, fonctionnaires... Ils pensent qu’elle travaille dans un casino. Les années fastes ont passé. «Aujourd’hui, on a les misérables qui n’ont pas de vie sexuelle, les gamins des banlieues et puis ceux qui ont des fantasmes qu’ils ne peuvent pas assouvir chez eux. Mais la clientèle classe moyenne a beaucoup baissé.» Parce que les femmes, dit-elle, sont plus libérées, parce que les hommes préfèrent les petites esclaves russes ou africaines de 16 ans... Le climat de répression ambiant les a aussi rendus tous plus méfiants. «C’est ça qu’il veut, Sarkozy, éliminer la prostitution sans avoir le courage de l’interdire?, demande Cathy. Il rêve. Il va simplement la rendre plus cachée, marginaliser les filles, qui risquent de retomber aux mains de macs.» Un soir de grande colère, elle a pensé lui écrire: «Puisque vous voulez mettre tout le monde en prison, il va en falloir des matons. Et si vous proposiez aux putes un contrat de reconversion?» S. des D. | Dans la rubrique "Notre époque" : Le cauchemar du bagagiste de Roissy A la recherche des lettres perdues La défaite du Somport Moi, fille de Mars... Découvertes
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par ericjeanloicbreton le 2003-01-23 10:06:01
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Vendredi 17 janvier 2003
• LE MONDE | 17.01.03 | 13h54Le Vatican part en guerre contre les lois sur l'IVG, l'euthanasie et les homosexuels
Si la politique est l'un des thèmes les plus constants de l'enseignement de l'Eglise, jamais elle n'avait été traitée sous la forme d'une "note" aussi brève (quinze feuillets) et musclée que celle qui a été rendue publique, jeudi 16 janvier, par le Vatican. Elle porte la signature du cardinal Josef Ratzinger, gardien inamovible de la doctrine catholique, habituée à codifier une pensée de Jean Paul II souvent plus nuancée.
Elle dénonce le " relativisme moral" qui, à entendre le cardinal Ratzinger, serait devenu le principal critère des choix politiques et une menace pour la démocratie. Les catholiques, élus, électeurs et militants, ont le devoir de " s'opposer de manière précise à toute loi qui s'avère un attentat contre la vie humaine" et de résister à toutes les tentatives de législation nationale "qui veulent briser l'intangibilité de la vie".
C'est contre les lois – déjà votées ou en préparation – qui autorisent l'avortement, l'euthanasie active, les unions homosexuelles et les manipulations génétiques que le Vatican mène la guerre. Sur de tels sujets, l'engagement politique des catholiques ne doit souffrir aucune " dérogation", aucune " exception", aucun " compromis". Aucune campagne, aucun vote en faveur de telles dispositions n'est possible. Il s'agit d'" exigences éthiques fondamentales auxquelles aucun catholique ne peut renoncer". Il en va de l'" essence même de l'ordre moral".
Sans entrer dans le détail des législations nationales, le texte du cardinal Ratzinger vise des pays comme les Pays-Bas, la Belgique, l'Australie, où de nouvelles lois tolèrent, à certaines conditions, l'euthanasie active. Ou comme la France, qui vient de rallonger le délai du recours à l'IVG et d'adopter une législation ratifiant les unions entre homosexuels (pacs). Les catholiques ont le devoir d'intervenir " dans ce déferlement", écrit le cardinal Ratzinger. Pour lui par exemple, seul " le mariage monogame entre personnes de sexe différent" est acceptable. " Les autres formes de cohabitation ne peuvent être rendues égales, en droit, au mariage et recevoir une reconnaissance légale." Il s'en prend aussi à tout ce qui menace l'intégrité des mineurs (allusion au scandale pédophile) et à toutes les "formes modernes d'esclavage" (toxicomanie et prostitution).
Ce texte soulève à nouveau la question de la limite de l'intervention du magistère catholique dans la législation des Etats. Le cardinal Ratzinger se défend de toute ingérence : " L'Eglise ne veut pas exercer un pouvoir politique, ni mettre en cause la liberté d'action des catholiques." La "note" se garde de rappeler les excommunications prévues contre toute personne qui collabore à un avortement. Elle ne dit rien des commandos auteurs d'actions violentes dans des cliniques pratiquant des IVG.
Mais elle rappelle que ce qui est légal n'est pas forcément moral. La " norme morale" doit s'imposer à la législation des Etats et la liberté de choix des électeurs s'arrêter à ce qui est compatible avec leur foi et " la loi morale naturelle".
A la manière d'un Jean Paul II, le cardinal Ratzinger va jusqu'à invoquer l'histoire des totalitarismes du XXe siècle : s'il est interdit d'asséner à l'homme une vérité qui aliène sa liberté, inversement la liberté devient licence et laxisme si elle n'est pas éclairée par la vérité d'une transcendance soumise à la loi naturelle et à celle de Dieu.
Les critiques risquent de resurgir contre une Eglise qui outrepasse ici son statut d'autorité morale et développe une conception bien singulière de la laïcité. En Italie, où nombre d'hommes politiques, de droite comme de gauche, se réfèrent à la doctrine catholique, l'intervention du Vatican (qui avait soumis ses exigences à tous les partis) lors de la dernière campagne législative du printemps 2001 avait choqué une partie de l'opinion laïque. En France, les campagnes anti-pacs, qui avaient précédé la loi du 16 novembre 1999 créant le pacte civil de solidarité, avaient été aussi inspirées en partie par les orientations du Vatican et de l'épiscopat français.
L'Eglise n'est pas hostile à la laïcité, explique la note du 16 janvier, mais la laïcité n'est légitime que si elle est comprise comme " autonomie de la sphère civile et politique par rapport à la sphère religieuse et ecclésiastique", mais non "par rapport à la sphère morale". Et le cardinal Ratzinger de retourner l'argument et de s'en prendre au " laïcisme intolérant" de ceux qui " disqualifient politiquement" les chrétiens.
Henri Tincq • ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 18.01.03
par ericjeanloicbreton le 2003-01-17 13:35:21
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Jeudi 16 janvier 2003
Vichy, spoliateur zélé des juifs en zone libre Une étude d'historiens montre avec précision comment le régime a appliqué la politique d'aryennisation voulue par les Allemands.
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| Le régime du maréchal Pétain a appliqué avec zèle la politique "d'aryennisation" voulue par l'occupant allemand y compris dans la zone non-occupée administrée par Vichy jusqu'en novembre 1942, selon une étude sur la spoliation des juifs durant la Deuxième guerre mondiale dans le Sud-Est de la France. Le résultat du travail, mené par trois historiens sous l'égide du Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF), a été présenté ce jeudi au Conseil général des Bouches-du-Rhône qui a financé les recherches. "Les spoliations ont fragilisé cette population juive avant de la livrer à l'occupant. Elles ont constitué une première étape du processus de la solution finale", a expliqué Clément Yana, président du CRIF Marseille-Provence, en les comparant à "un véritable hold-up". Prolongement du travail mené au plan national par la commission Mattéoli, cette étude, lancée il y a deux ans et demi, s'est attachée "à descendre au plus près du processus de spoliation dans les Bouches-du-Rhône" où résidaient 18.000 juifs.
Familles autorisées
Les banques, notaires et assurances ont refusé l'accès à leur documentation arguant d'un manque de temps, contraignant les historiens à limiter leurs recherches aux archives nationales et départementales. Au final, l'étude présente une analyse minutieuse de la population juive marseillaise, autochtone ou réfugiée à l'époque, mais également une radiographie des agents et des mécanismes de la spoliation en détaillant le rôle de l'administration de Vichy. Les familles juives qui le souhaitent pourront avoir accès à un répertoire de quelque 600 noms d'entreprises et de particuliers spoliés, pour faciliter leurs recherches individuelles. "La Commission nationale d'indemnisation des victimes de spoliations (CIVS) a reçu depuis sa création en 2000 15.000 demandes et traité 3.000 dossiers", a indiqué l'avocat Serge Klarsfeld qui a salué la réalisation de cette étude.
par ericjeanloicbreton le 2003-01-16 11:51:59
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Mardi 14 janvier 2003
 Nouvel Observateur N° 1992 - 9/1/2003
Meilleur des mondes?
Guerriers ou sosies de hitler...
Les écrivains de science-fiction sont unanimes: si les clones débarquent, leur avenir ne sera pas rose
Il y a exactement soixante-dix ans, Aldous Huxley publie «le Meilleur des mondes», oppressante description d’un univers futuriste où le totalitarisme libéral a trouvé son aboutissement chimique et biologique: la «pilule du bonheur» fait de chacun un bon citoyen, et les bébés sont désormais conçus, puis fabriqués, en laboratoire. Huxley vient d’inventer le concept de clonage industriel. Après lui, et notamment dans les années 1970, des dizaines d’écrivains de science-fiction s’attaqueront au thème du clonage et des manipulations génétiques. Leurs visions s’avèrent généralement peu souriantes. Dans «la Planète Shayol» (1965), Cordwainer Smith met en scène un bagne peuplé de condamnés monstrueux réduits à la condition de porte-greffons. Les échantillons de cellules prélevés sur les cadavres qui jonchent les champs de bataille de «la Guerre éternelle» (1976), de Joe Haldeman, permettront de recréer des soldats aussitôt renvoyés au front. Dans un best-seller porté à l’écran par Franklin Schaffner, Ira Levin imagine une armée de clones d’Adolf hitler s’apprêtant à investir la planète («Ces garçons qui venaient du Brésil», 1976). «La Ferme aux organes», de John Boyd (1970), n’est qu’un vaste magasin de pièces détachées humaines, et les clones retors traversent toute l’œuvre de Philip K. Dick, un des grands visionnaires de son siècle (cf. «Blade Runner», 1968, ou «Ubik», 1969). Quant à David Brin, il n’hésite pas à inventer une utopie féministe («la Jeune Fille et les clones», 1993) où les hommes, simples figurants, vivent à la botte de familles aristocratiques exclusivement composées d’amazones clonées! Menaces ou promesses, les bébés-éprouvette ont également beaucoup inspiré les femmes, pourtant peu représentées dans ce genre littéraire. Dans «Copies conformes» (1976), Pamela Sargent pèse le pour et le contre... et reconstruit, grâce au clonage, une famille décimée. «Les Olympiades truquées» (1980), de Joëlle Wintrebert, nous transportent dans un futur où les sportifs sont non seulement génétiquement modifiés, mais aussi fabriqués en plusieurs exemplaires, par précaution. Richard Virenque et Michael Johnson peuvent aller se rhabiller! Pour éviter tout malentendu, précisons que ce ne sont pas les techniques d’ingénierie génétique qui intéressent Dick et ses confrères écrivains de SF, mais bien les métamorphoses de l’homme et de sa société. La duplication du vivant, qui met à mal la notion d’individu, serait aussi un pas vers l’immortalité. Beau et vaste sujet, que l’Australien Greg Egan contourne élégamment avec «la Cité des permutants» (1994), où, cette fois, les humains qui en ont les moyens se font littéralement numériser. Ce qui ne va pas sans poser certains problèmes, car les copies, contrairement aux originaux, n’évoluent pas... Philippe Hupp
par ericjeanloicbreton le 2003-01-14 12:04:20
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Samedi 11 janvier 2003
• LEMONDE.FR | 11.01.03 | 17h28• MIS A JOUR LE 11.01.03 | 17h45Retrait de plaintes contre fortes indemnités
Un groupe de consommateurs américains, qui poursuivait en justice Microsoft pour abus de position dominante, ont accepté de retirer leur plainte moyennant des indemnités de 1,1 milliard de dollars, ont indiqué vendredi soir leurs avocats.
L'accord à l'amiable avec le numéro un mondial des logiciels met ainsi fin à une procédure ouverte il y a deux ans et dont le procès devait s'ouvrir le mois prochain à San Francisco. "C'est un des plus gros règlements jamais obtenus dans le cadre des lois antitrust ou sur la concurrence déloyale de Californie", a souligné Eugene Crew, un des avocats des consommateurs. "C'est un résultat extraordinaire pour les commerces et les consommateurs californiens qui bénéficiera également à nos écoles à un moment où celles-ci ont désespérément besoin d'aide", a fait valoir l'un des autres avocats, Richard Grossman.
Des poursuites similaires ont été engagées par les consommateurs de 17 autres Etats américains et l'accord de vendredi pourrait servir de modèle pour les régler sans passer par un procès, ont estimé des juristes.
La plainte faisait valoir que des millions de consommateurs californiens avaient été pénalisés en achetant des produits Microsoft surfacturés en raison de la position de monopole de la société. Le règlement à l'amiable prévoit que les 1 100 millions de dollars d'indemnités seront répartis entre les auteurs de la plainte sous formes de bons qui pourront être utilisés pour acheter des ordinateurs de toute marque et des logiciels, ont précisé les avocats.
Quelque 13 millions de consommateurs californiens, selon les avocats, devraient donc pouvoir bénéficier de cet accord prévoyant l'octroi de bons d'achat d'une valeur allant de 5 dollars à 29 dollars pour un montant total de 1,1 milliard de dollars. Ces bons pourront être utilisés par les consommateurs californiens pour acquérir des ordinateurs de bureau et portables ainsi que des logiciels de toutes marques, ont précisé les avocats.
Le 1er novembre, un juge fédéral avait entériné un accord entre Microsoft et le gouvernement américain, dans lequel le fabriquant de logiciels, reconnu coupable de pratiques anticoncurrentielles, s'engageait à assouplir ses pratiques commerciales et partager plus d'informations sur ses produits. Microsoft, qui avait perdu en décembre en première instance une bataille juridique avec Sun Microsystems, à propos du langage de programmation universel Java, doit encore faire face à des plaintes des sociétés AOL, Be et Burst.com. Il reste également dans le collimateur des Etats du Massachusetts et de Virginie occidentale ainsi que de l'Union européenne.
Avec AFP
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par ericjeanloicbreton le 2003-01-11 12:55:39
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Vendredi 10 janvier 2003
• LE MONDE | 10.01.03 | 14h37• MIS A JOUR LE 10.01.03 | 14h42Violence et pornographie : le gouvernement décide de couper court à l'initiative de députés UMP
La proposition de loi relative à la protection des mineurs contre la violence et la pornographie n'aura fait qu'un court passage à l'Assemblée nationale. Examiné en première lecture, le 12 décembre 2002, le texte rédigé par les trois députés UMP, Yves Bur, Jérôme Rivière et Marie-Jo Zimmermann, n'avait pu faire l'objet d'un vote au terme des quatre heures de débat réservées aux "niches" – qui permettent en théorie à chaque groupe politique d'inscrire à l'ordre du jour la réforme de leur choix.
Le gouvernement a décidé de couper court à l'initiative parlementaire, comme l'a annoncé le président du groupe UMP, Jacques Barrot, dans Le Canard enchaîné du 8 janvier : "Nous ne déposerons pas cette proposition de loi en janvier. A mon sens, il aurait mieux valu s'en tenir au simple double cryptage, qui est un mécanisme de contrôle et non de censure", a déclaré l'ancien ministre. Les deux articles de la proposition de loi avaient une portée plus large : l'un prévoyait de donner un cadre réglementaire au double cryptage des films pornographiques tout en dotant le Conseil supérieur de l'audiovisuel (CSA) d'un nouveau pouvoir de sanction financière ; l'autre modifiait le fonctionnement de la Commission de classification des films en élargissant sa composition aux représentants de la famille. Dans l'Hémicycle, la droite avait été débordée par son aile la plus conservatrice, notamment par Christine Boutin (Le Monde du 14 décembre 2002), la gauche dénonçant aussitôt le "retour à l'ordre moral".
Le gouvernement prépare un décret, indiquait-on, jeudi 9 janvier, au ministère de la culture et de la communication : prévu d'ici à la fin du mois de mars, il redéfinira le fonctionnement de la Commission de classification des films, en reprenant les principales recommandations du rapport de Blandine Kriegel : dans le collège – majoritaire – des experts, nommés par le gouvernement, seront ajoutés un nombre important de représentants désignés par le ministère de la famille ainsi que par tous les ministères "préoccupés par les questions de protection des enfants". Les autorisations d'exploitation (visas) des films interdits aux moins de 18 ans ne seront plus délivrées à la majorité des deux tiers mais à la majorité simple – aujourd'hui, 80 % des films bénéficient en France de visas "tous publics". Cette tendance, jugée trop laxiste par le ministre de la famille, Christian Jacob, ainsi que par Mme Kriegel, devrait, en toute logique, s'atténuer.
PROPOS CONTRADICTOIRES
Avertissement : le gouvernement n'exclut pas "de passer par un projet de loi si le processus volontaire engagé par les chaînes -pour bloquer l'accès des mineurs aux films pornographiques- n'aboutit pas". Enfin, il compte rattacher l'article relatif au pouvoir de sanction financière du CSA aux lois visant à transposer aux Télécoms la réglementation européenne, avant la fin du premier semestre.
Yves Bur n'était pas au courant du changement de cap. Finalement, le député du Bas-Rhin ne semble pas mécontent que le gouvernement reprenne à son compte un sujet qui "a mis le feu aux poudres". "Nous n'avons peut-être pas assez travaillé le dossier. De plus, sur un tel enjeu, quatre heures de débat ne suffisent pas", estime pour sa part Mme Zimmermann. Surtout, l'affaire sonne bizarrement si l'on se remémore les propos de Christian Jacob. Dans un entretien au Parisien, le 11 décembre 2002, le ministre de la famille assurait s'être entendu avec son homologue de la culture et de la communication, Jean-Jacques Aillagon, pour réformer la Commission de classification des films. "Nous irons vite, par décret, ce sera appliqué dans quatre mois. (...) Nous aurons également le pouvoir de nommer quatre des huit experts désignés dans cette commission", affirmait-il à la surprise générale (Le Monde du 12 décembre 2002).
A la veille du débat parlementaire, M. Jacob avait semé le trouble dans les rangs du gouvernement et de la majorité. Surtout, ses déclarations contredisaient les propos tenus, quelques semaines auparavant, par M. Aillagon : en effet, celui-ci avait assuré, devant les représentants du milieu du cinéma, qu'il n'y aurait "pas de double tutelle" au sein de la Commission de classification des films.
Florence Amalou et Clarisse Fabre • ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 11.01.03
par ericjeanloicbreton le 2003-01-10 12:41:04
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Mercredi 8 janvier 2003
Les féministes polonaises réclament la libéralisation de la loi anti-avortement
VARSOVIE, 7 jan (AFP) - Les organisations féministes polonaises ont réclamé mardi la libéralisation de la loi anti-avortement au cours d'une conférence organisée pour le dixième anniversaire de l'interdiction de l'interruption volontaire de grossesse en Pologne.
"Cette loi honteuse a uniquement des effets négatifs", a déclaré Izabela Jaruga-Nowacka, ministre chargée des questions de l'égalité des sexes.
Selon les féministes, entre 80.000 et 200.000 avortements sont pratiqués illégalement chaque année en Pologne, le prix moyen d'une telle intervention s'élevant à environ 2.000 zlotys (500 euros).
"Les Polonaises, qui ont décidé d'interrompre leur grossesse, ont été contraintes à faire appel à un 'marché noir' de l'avortement, extrêmement onéreux et qui reste en dehors de tout contrôle médical", a déclaré Wanda Nowicka, présidente de la Fédération pour les femmes et le planning familial.
"Cette loi non démocratique a renforcé le sentiment que les questions des femmes relevaient du monopole de l'Eglise catholique", a pour sa part déclaré Agnieszka Graff, auteur du livre 'Le monde sans femmes' sur la condition féminine dans ce pays.
Le parti post-communiste de gauche SLD, qui s'était engagé au cours de sa campagne électorale aux législatives 2001 à libéraliser la loi sur l'avortement, ne compte pas la modifier avant le référundum national sur l'adhésion de la Pologne à l'UE pour ne pas perdre le soutien de l'Eglise catholique (90% des Polonais sont catholiques).
La législation sur l'interruption volontaire de grossesse est à côté de celle de l'Irlande la plus stricte en Europe.
La loi polonaise n'autorise une telle intervention jusqu'à la 12ème semaine de grossesse qu'en cas de viol ou d'inceste, de danger pour la santé de la mère ou de malformation irréversible du foetus.
Un avortement illégal est passible de deux ans de prison pour la personne qui le pratique, mais la femme elle-même n'est pas pénalisée.
par ericjeanloicbreton le 2003-01-08 12:24:53
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Mercredi 8 janvier 2003
INTERNET
Dispense de peine requise pour Yahoo ! et Timothy Koogle
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 Tim Koogle à Davos en janvier 2000 | Le substitut du procureur de la République du tribunal correctionnel de Paris a requis mardi la condamnation de la société américaine Yahoo Inc. et de son ancien président, Timothy Koogle, 51 ans, poursuivis pour «apologie de crimes contre l'humanité» par deux associations de défense des Droits de l'Homme. David Peyron a cependant demandé à ce que les deux prévenus soient dispensés de peine puisque la situation contestée, à savoir la vente aux enchères d'objets nazis sur le site Yahoo.com, «est totalement régularisée». Yahoo Inc. avait en effet annoncé en janvier 2001 que la vente d'objets nazis sur son site d'enchères sur Internet était désormais terminée. Toutefois, la société continuerait d'autoriser le négoce de pièces de monnaies, de timbres-poste ou de billets de banque du IIIe Reich.
Pas de "volonté première"
Pour David Peyron «mettre aux enchères les objets nazis» pour tenter «de leur donner la plus grande valeur possible» est bien constitutif du délit «d'apologie de crimes contre l'humanité et de crimes de guerre». Mais, a-t-il souligné, «il n'a certainement jamais été la volonté première de Yahoo de faire l'apologie» de tels crimes. «Nous voulons que la loi française puisse s'appliquer», a déclaré pour sa part Me Pierre Mairat, avocat de «l'Amicale des déportés d'Auschwitz et des camps de Haute-Silésie» à l'origine des poursuites. Comme le MRAP, deuxième partie civile, cette association estime que Yahoo Inc. et son fondateur n'ont pas pris dans l'immédiat toutes les mesures nécessaires pour rendre la vente aux enchères inaccessible aux internautes français, comme le leur avait ordonné une ordonnance du juge des référés du 22 mai 2000. «Notre conception de la liberté d'expression n'est pas celle d'une liberté échevelée, mais d'une liberté maîtrisée avec des bornes», a insisté Me Mairat, ironisant sur le conception américaine de la «lex americana uber alles». Il demande un euro de dommages et intérêts et la publication de la condamnation dans la presse et sur Internet, en français et en anglais. Le jugement sera mis en délibéré. AP
par ericjeanloicbreton le 2003-01-08 12:19:59
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Mardi 7 janvier 2003

GRANDE-BRETAGNE Pour faire face à la multiplication des crimes avec violences
Le gouvernement britannique durcit la loi sur les armes à feu
Londres : de notre correspondant Jacques Duplouich
[07 janvier 2003]
«Pour certains, pistolet et revolver sont rien de moins que les derniers accessoires à la mode.» Consterné, sir John Stevens, chef de la Metropolitan Police Scotland Yard. Et préoccupé surtout par la multiplication des crimes avec armes à feu prohibées. 7 632 durant l'année 2000/2001 contre 4 903 en 1997/1998. Les chiffres pour l'année 2001/2002, qui seront rendus publics après-demain, dépasseront le seuil de 8 000, dit-on.
David Blunkett, le ministre – à poigne – en charge du Home Office, a décidé de s'attaquer à cette culture qui idolâtre le Luger et le 357 Magnum. Hier, il a décidé une première mesure. Désormais, quiconque sera trouvé en possession d'une arme à feu, quand bien même n'en ferait-il pas usage, sera expédié derrière les barreaux pour une durée de cinq ans. Qu'on se le dise, dans les banlieues où fourmillent les gangs, âpres aux rackets et aux exactions en tout genre, forts de leurs arsenaux pétaradants. «Cette peine, minimale, pour les criminels porteurs d'armes à feu, est un message clair : tout délit violent sera, invariablement, sanctionné vigoureusement», explique le ministre.
Si David Blunkett a pris cette disposition drastique en ce début d'année, c'est que deux jeunes filles ont été victimes d'un affrontement entre bandes rivales, à Birmingham, durant la nuit du réveillon. Une trentaine de balles, tirées par les armes automatiques des belligérants, n'ont laissé aucune chance aux adolescentes, totalement étrangères à leur querelle de caïds locaux, protégés, aujourd'hui encore, par la loi du silence.
Il veut en finir avec ceux – les jeunes délinquants, en particulier –, qui «sont armés, soit pour leur protection» parce qu'ils trafiquent toutes sortes de stupéfiants, soit «pour se faire respecter ou conduire des opérations de représailles» dans le cadre de leurs activités illicites. «Nous ne tolérerons pas un accroissement du nombre des armes dans nos rues», tonnait, hier, le ministre de l'Intérieur à la Chambre des communes. Ses services étudient aussi une manière radicale de résoudre la question des armes factices qui peuvent être facilement modifiées pour être utilisables. La réglementation concernant les armes à air comprimé est, elle aussi, examinée.
La situation britannique est paradoxale. Le Royaume-Uni s'est pourtant doté d'une législation rigoureuse – certainement l'une des plus contraignantes au monde – après le massacre de 16 enfants et de leur institutrice, à Dunblane, en 1996, par un déséquilibré. La vente des armes à feu est très restrictive et sévèrement contrôlée, au grand dam, entre autres, des clubs de tir. La détention illégale d'une arme de poing ou d'un fusil est un délit très sérieux qui conduit déjà en prison, pour dix-huit mois en moyenne. Après la tragédie de Dunblane, les autorités avaient encouragé les détenteurs d'armes à feu à déposer leurs calibres. En février 1998, 162 000 armes et 700 tonnes de munitions avaient ainsi été récupérées.
Mais, il manquait, alors, quelque 25 000 armes, selon la Commission des affaires intérieures de la Chambre des communes.
Depuis, le flux des armes, en provenance des Balkans notamment, inonde le monde interlope des vrais chefs de gang et des demi-sel en mal d'affirmation. L'an dernier, 757 personnes ont été condamnées pour détention ou commerce d'armes à feu prohibées. C'est cette dérive que veut enrayer David Blunkett.
par ericjeanloicbreton le 2003-01-07 12:17:39
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Mardi 7 janvier 2003

Aubade B, super clone
C'est une grosse ferme carrée comme il n'y en a plus beaucoup en Ile-de-France. Une exploitation volontairement laissée anonyme, posée en plein champ, là où la ville s'effiloche entre banlieue et campagne. Est-ce la propreté, l'ordre, le silence ? On sait d'emblée qu'on pénètre dans une ferme modèle, le domaine très discret de l'Institut de la recherche agronomique, l'INRA, un haut lieu de la biogénétique protégé des microbes comme des contestataires. Ici, on circule en bottes de plastique jetables dans des salles récurées au jet de vapeur.
Ce matin, il fait frisquet. Un tracteur projette de la paille dans les immenses hangars à bestiaux ouverts à tous vents. Il dérange à peine le troupeau, regroupé par genre et âge dans une enfilade d'enclos. A droite les vaches laitières, placides et grasses, indifférentes à ce qui se trame ici. Plus loin les mères porteuses, bêtes à viande triées sur le volet, écornées par sécurité, légitimement plus inquiètes. En face, leurs insouciants rejetons, veaux, génisses et taurillons, des blonds, des bruns, des pie, des roux, en tout une centaine d'animaux voués à la recherche, choyés, bichonnés, portant tous à l'oreille une étiquette numérotée.
Parmi ce cheptel disparate, trente clones sont disséminés, impossibles à distinguer sinon par leur numéro de série. 346, 347... On les cherche en vain, brusquement conscient de l'absurdité du jeu : rien ne ressemble plus à une vache qu'un clone de vache... Seul le responsable du domaine s'y risque, amusé de notre déconvenue. Plus de six ans se sont écoulés depuis la naissance, en 1996, de la brebis Dolly, premier vrai clone de l'histoire, qui vieillit tranquillement en Ecosse, devenue vedette et si demandée qu'il faut des mois d'attente pour espérer l'apercevoir. Depuis, la technique s'est affinée et le clonage presque banalisé : avec cette méthode, 300 veaux sont nés dans le monde, autant de souris, quelques ovins, quelques porcs, un chat, quatre lapins, des chèvres, une poignée de poissons-zèbres...
En France, l'INRA a cloné, dès 1997, une vache, Marguerite, prématurément décédée, mais vite suivie d'une lignée d'animaux, eux bien vivants. Trente à ce jour, dont une série de douze obtenue à partir des cellules prélevées sur le même animal souche, une Prime Holstein noir et blanc. Douze "jumelles", donc, dotées de gènes identiques, mais d'âges et d'allures différents. Car les clones, curieusement, ne se ressemblent pas tant que ça. Hormis la tête – en l'occurrence immanquablement ornée d'un losange blanc sur fond noir –, tout le reste, pelage, stature, taille, poids et, paraît-il, caractère, diffère d'une bête à l'autre. Il y en a de très claires, d'autres plus foncées, des solides, des fluettes, des agressives et des effarouchées.
Toutes se portent bien et grandissent normalement, si normalement même que ces artefacts ne se singularisent pas du troupeau ni de leurs "veaux témoins", nés en même temps par insémination artificielle. Pas plus que les 18 autres clones, issus de séries différentes. Au départ, chacun avait un nom. Ce n'est plus le cas. "Les baptiser revient à leur donner un statut différent. Et puis, on s'y attache. Quand il a fallu abattre un taurillon qui devenait dangereux pour les autres, ça a fait un drame, explique Jean-Paul Renard, directeur de l'unité de recherche en biologie du développement et biotechnologies de l'INRA. On ne veut pas se laisser envahir par les clones."
Il y a des exceptions. Comme Aubade B. Elle, on la repère tout de suite. A son regard, plus brillant, à sa vivacité, à son assurance, bref à ce "je ne sais quoi" qui fait les graines de stars. Dodue, le pelage brun un peu laineux, le front orné de jolies cornes naissantes, elle bouscule joyeusement ses congénères pour être la première, première à la mangeoire, première de la rangée, première à être flattée, admirée. Cette génisse est une future vedette et on dirait qu'elle le sait. Un clone, aussi, mais pas n'importe quel clone. Aubade B, 17 mois, est issue de ce que les généticiens appellent un "phénotype exceptionnel": sa "mère" ou plus exactement son original, Aubade, était une vache dotée de toutes les vertus, longévité, robustesse, fertilité, beauté, sociabilité. Un don de la nature. Assez rustique pour prospérer dans des pâturages relativement pauvres, assez féconde pour donner un veau par an pendant des années, assez docile pour faire le bonheur de son éleveur. Elle est morte en 2001 après dix-huit ans de loyaux services. Enfin, pas tout à fait.
Un an avant sa mort, le hasard a voulu que sa réputation atteigne l'INRA. Après avoir cloné des vaches en série, puis des souris, des chèvres et des lapins à usage scientifique, les chercheurs français avaient envie de faire un pas hors de la stricte recherche fondamentale et, à titre de démonstration, de prouver la validité de leurs techniques en matière de sélection génétique. Il s'agissait non plus de produire des lignées d'animaux issus d'une même souche mais de copier un animal exceptionnel, afin de conserver son génotype et, éventuellement, si le clone égalait le modèle, de développer une lignée améliorée – ou de préserver une espèce en voie d'extinction dans le cas d'une population menacée, comme certains mouflons italiens qu'on tente de sauver par clonage avec l'aide de chèvres porteuses.
Le premier acte s'est joué pendant l'été 2000, se souvient Jean-Paul Renard, " par hasard, en discutant avec des éleveurs, l'un a dit : Je connais, moi, un animal exceptionnel". Le mobile, puis l'occasion. Aubade a alors 17 ans, âge fort respectable pour une vache. Une équipe de l'unité de biotechnologie se rend sur place. Une petite biopsie à l'oreille, et les précieuses cellules sont aussitôt transportée dans de la glace à – 4° puis congelées dans les laboratoires de l'INRA, à Jouy-en-Josas (Yvelines). C'est là que, deux mois plus tard, se déroule le second acte, le plus délicat. Car si le clonage s'est relativement banalisé depuis six ans, on est loin d'en comprendre encore tous les ressorts scientifiques. Les manipulations restent fort hasardeuses, les matières premières rares et fragiles, les résultats incertains. "Ça marche mais on ne sait pas pourquoi et on veut comprendre", avoue Xavier Vignon, chargé de recherche. Chaque clone demeure un exploit technique, une victoire obtenue au terme d'un chemin semé de pertes, de souffrance et de morts.
Revenons à notre prototype de vache idéale. En octobre 2000, Aubade B n'est encore qu'une cellule flottant parmi un milliard d'autres dans une petite boîte transparente stockée bien au chaud, dans un incubateur, au premier étage du modeste bâtiment où va s'opérer le prodige. Au fil des jours, la masse informe des cellules s'est divisée jusqu'au stade adéquat pour la transplantation. Pendant ce temps, on a préparé le second élément indispensable pour faire un clone : l'ovule. Une fois par semaine, l'INRA prélève des ovaires sur la dépouille d'animaux tués en abattoir et en extrait plusieurs centaines d'ovules. Ces ovules sont ensuite énucléés : on ponctionne au moyen d'une aiguille le noyau (porteur de gènes) ne laissant que le cytoplasme. Après maturation in vitro pendant 24 heures à 39 °C, ils sont prêts à l'usage. Pour réussir une seule vache, il en faut au départ environ 100. Le gâchis est énorme, la suite nous dira pourquoi.
Le laborantin peut entrer en scène. L'œil rivé à son microscope électronique, les mains sur des sortes de joysticks, il prélève une cellule dans une boîte, et l'accole à un ovocyte. Puis place l'ovocyte entre deux électrodes afin d'opérer la fusion. L'opération, extrêmement délicate, échoue souvent. Dans le cas d'Aubade, on ne reconstituera, à partir des 100 ovules de base, que 80 embryons. Ou du moins des espoirs d'embryon. A ce stade en effet, rien n'est joué. Le vrai miracle s'opère pendant les quelques jours qui suivent : pour des raisons encore inexpliquées, le cytoplasme (ou un facteur inconnu à ce jour) va ordonner à la cellule différenciée – en l'occurrence un morceau d'oreille –, de redevenir un noyau de cellule embryonnaire totipotent, c'est-à-dire capable de se transformer après division en n'importe quel organe : peau, foie, cœur ou neurone. En clair les cellules vont être reprogrammées pour réamorcer une vie : Aubade B par exemple.
Tenu pour impossible jusqu'à Dolly, ce phénomène mystérieux justifie à lui seul toutes les recherches sur le clonage. Car le secret de la différenciation cellulaire conduit à reconsidérer tout le processus de développement. Non seulement est remis en cause le rôle central des gènes (le cytoplasme joue un rôle beaucoup plus important qu'on ne le croyait), mais aussi le statut de l'embryon, celui du père : l'ovule est indispensable, pas le spermatozoïde... Ces recherches ouvrent en outre la voie aux fameuses cellules souches, qui pourraient, chez l'homme, reconstruire de la peau, du pancréas ou des neurones. A l'inverse elles pourraient aussi permettre de mieux analyser les processus cancéreux. "On ne sait toujours pas pourquoi une cellule décide de devenir nerveuse ou dermique, ou pourquoi elle se multiplie et fait une tumeur, explique Xavier Vignon. Avec les clones, il s'agit de comprendre comment se fait le retour à un état embryonnaire."
L'enjeu justifie la casse, énorme, et le coût. Car toutes les cellules ne se reprogramment pas. En fait, seul un petit nombre atteignent le stade de la différenciation cellulaire. Après sept jours, il ne reste que 30 embryons valides, sur les 80 qui ont été reconstitués à partir d'Aubade. Et ce n'est pas fini, le plus douloureux reste à venir. Jusque-là, il s'agissait de manipuler in vitro des gouttes de cultures embryonnaires, un coup de baguette magique dans une pipette. Il faut passer à l'animal, ce n'est pas sans risque, mais c'est indispensable, même pour la recherche pure. "Nous avons besoin de produire des animaux car il n'y a pas de corrélation entre la réussite en laboratoire et un animal viable", dit Xavier Vignon. Euphémisme : en matière de clonage, l'échec est plutôt la règle et la réussite l'exception. Retour à la ferme, donc. A la fin octobre 2000, les 30 embryons de type "Aubade" sont implantés dans 30 vaches porteuses. C'est le début des ennuis. Vingt gestations vont débuter et, sur celles-ci, 12 s'arrêteront au cours du premier trimestre. Restent 8 fœtus et encore de nombreux problèmes : avortements spontanés, développement anormal (notamment ce qu'on appelle des "gros veaux", bêtes gonflées pesant de 70 à 80 kg au lieu de 50), décès de la porteuse, etc. En bout de course, deux veaux voient le jour en juillet 2001, aussitôt transportés dans la nursery, une petite pièce douillette où chacun a son box et sa feuille de soins. Température, analyses, traitements, le suivi au jour le jour dure deux mois.
Hélas, la fin de l'été venue, seule Aubade B passera à l'étable voisine. Sa "jumelle", n'a pas survécu, victime d'un de ces maux trop fréquents chez les clones : tachycardie, température trop élevée, insuffisance des tendons, des reins ou du système immunitaire. La liste n'est pas exhaustive, un animal sur trois en moyenne meurt dans les premières semaines ou doit être "euthanasié", comme on dit à l'INRA. Pourquoi ? "J'ai l'impression que c'est aléatoire, soupire Pascale Chavatte-Palmer, vétérinaire- chercheur. Ceux qui vont bien ont l'air d'aller très bien ; ils se développent normalement. Les autres ont tous des pathologies spéciales, on ne sait pas pourquoi."
Aubade B est passée entre les gouttes et promet de devenir un animal exceptionnel. Comme sa "mère". Mais à quel prix ! 80 embryons au départ, 30 implantés, et un seul animal viable à l'arrivée. Presque 99 % d'échecs, des centaines d'heures de travail et combien de souffrance animale ? C'est, hélas, encore la norme. "Dans ces conditions, prendre des embryons humains est absolument inadmissible !, s'indigne Jean-Paul Renard. Faire ce que prétendent les raéliens ou le docteur Antinori est contraire non seulement à toutes les règles internationales, mais à toute éthique médicale. Et ce dernier ne peut pas dire qu'il n'était pas au courant : il est venu chez nous, en 1999, on l'a suffisamment mis en garde !" Aubade B grandit. Elle n'a pas encore rencontré "son" éleveur, celui de feue Aubade. Question de sensibilité. Et de prudence. Jusqu'ici, les utilisations du clonage animal demeurent, en France, strictement limitées à la recherche fondamentale. Pas question d'imiter les laboratoires privés américains qui proposent à des fanatiques fortunés de reproduire leur animal familier. La demande existe : l'INRA a reçu des appels ; une dame, à Marseille, proposait pour cloner son chat 100 000 francs (15 000 € )... Pour l'heure, la jeune génisse n'est qu'un sujet de démonstration. Et doit le rester jusqu'à ce qu'on soit sûr qu'elle possède bien le phénotype idéal, digne de créer une nouvelle lignée. Jusqu'à ce qu'on ait plus de recul.
Elle pourra bientôt se reproduire, comme, avant elle, d'autres vaches clonées l'ont fait, sans problème. Contrairement aux "clones de clones" qui accumulent les défauts jusqu'à devenir stériles à la septième génération, les "enfants de clone", eux se portent apparemment très bien. Tentera-t-on l'expérience ? Pas avant d'avoir vérifié que, placée dans les mêmes conditions qu'Aubade, sa copie montrera les mêmes qualités. Seuls l'éleveur et deux conseillers agricoles sont dans le secret et tiennent leur langue. Quand même, sourit Jean-Paul Renard, "le jour où elle retournera dans son village, croyez-moi, ça fera du bruit !" "Son" village ? Mais Aubade B ne l'a jamais vu !
Véronique Maurus
• ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 07.01.03
par ericjeanloicbreton le 2003-01-07 10:57:51
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Mardi 7 janvier 2003
RAËL
Enquête suspendue sur l'ADN de Eve Le journaliste supervisant l'authentification du premier bébé cloné abandonne. Il n'a toujours pas vu l'enfant et soupçonne une supercherie.
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 Le journaliste Michael Guillen, répond aux questions des journalistes le 27/12/02 (AP) | Le journaliste indépendant qui était censé superviser les examens génétiques destinés à vérifier l'authenticité de la naissance du premier bébé cloné, annoncée le 27 décembre par la compagnie Clonaid, liée à la secte des Raéliens, a fait savoir lundi qu'il suspendait pour l'heure ses efforts faute d'avoir encore eu accès à l'enfant. "En d'autres termes, il est encore entièrement possible que l'annonce de Clonaid fasse partie d'une supercherie élaborée destinée à faire de la publicité au mouvement Raélien", a estimé le journaliste Michael Guillen dans un communiqué. L'ancien rédacteur en chef du service sciences de la rédaction de la chaîne américaine ABC a dit avoir réuni une équipe d'experts scientifiques mais décidé d'abandonner ses efforts. "L'équipe de chercheurs n'a pas eu accès à la famille présumée et de ce fait ne peut pas vérifier directement l'affirmation selon laquelle un enfant humain a été cloné", a-t-il expliqué. Mais "quand et si une opportunité de prélever des échantillons d'ADN comme promis survient, l'équipe reste entièrement prête à se mobiliser de nouveau et conduire les tests nécessaires".
Aucun lien avec Clonaid
Le journaliste a assuré qu'il n'est pas lié à Clonaid. Mais il précise lundi dans son communiqué qu'il est intéressé par la réalisation d'un documentaire sur le clonage humain qui comprendrait les recherches de Clonaid et qu'il a suivi "les principaux protagonistes" dans le clonage humain depuis l'annonce du clonage de la brebis Dolly en 1997. Le New York Times avait rapporté dimanche que le journaliste avait tenté il y a quelques mois de vendre aux grandes chaînes de télévision américaines une couverture exclusive de la naissance du premier bébé clone présumé de Clonaid. Samedi, la présidente de Clonaid Brigitte Boisselier, qui a depuis annoncé la naissance la semaine dernière d'un deuxième enfant clone, avait expliqué que les parents d"'Eve", présentée comme le premier enfant issu d'un clonage humain, avaient promis de lui donner lundi leur réponse définitive pour savoir s'ils autoriseraient ou non les tests sur le bébé. (AP)
par ericjeanloicbreton le 2003-01-07 09:37:46
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Samedi 4 janvier 2003

| Bébé clone "Eve": Raël ne se présentera pas devant la justice américaine
MONTREAL, 3 jan (AFP) - Le gourou de la secte des raéliens, Claude Vorilhon, alias "Raël", a affirmé vendredi qu'il ne se rendrait pas en Floride pour une audience préliminaire d'un tribunal qui doit statuer sur une demande pour que le présumé premier bébé clone au monde soit retiré à ses parents.
Raël, les parents d'"Eve", ainsi que Brigitte Boisselier, présidente de la société Clonaid, fondée par les raéliens, et qui a annoncé, sans preuves, la naissance de ce supposé premier bébé clone, ont été convoqué à cette audience fixée au 22 janvier.
Dans un entretien accordé à la chaîne de télévision publique Radio-Canada, Raël a déclaré qu'il n'avait "absolument pas" l'intention de se présenter à cette audience, qui fait suite à une plainte d'un avocat de la Floride, Bernard Siegel.
Me Siegel veut que la justice de cet Etat retire la garde du supposé bébé clone à ses parents, au motif que l'enfant pourrait souffrir de troubles génétiques graves.
Dans sa plainte déposée mardi, l'avocat a affirmé que le bébé est "un "cobaye humain", objet d'une "dangereuse expérience médicale". Il réclame à la justice qu'elle ordonne une expertise médicale pour déterminer son état de santé.
"Ils n'ont aucun pouvoir juridique sur cet enfant, mais on veut l'enlever en prétextant (...) qu'il est exploité médiatiquement. Or, justement, le Dr Boisselier, très sagement, ne l'a jamais montré à la télé. On ne peut pas dire qu'il est exploité, puisque justement on lui reproche de ne pas le montrer", a estimé Raël dans cet entretien depuis Sherbrooke, ville du sud du Québec.
"Si Brigitte Boisselier avait été catholique, je ne pense pas qu'on aurait convoqué le pape. Moi, je suis son chef spirituel, et je n'ai rien à faire dans la société (Clonaid, ndlr) et je n'ai aucun compte à rendre à la justice de Floride", a-t-il dit en expliquant sa décision.
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par ericjeanloicbreton le 2003-01-04 12:26:07
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Samedi 4 janvier 2003

Une femme séropositive condamnée à un an de prison pour rapports non protégés
STOCKHOLM, 4 jan (AFP) - Une femme séropositive a été condamnée à un an de prison et 120.000 couronnes suédoises (13.200 euros) de dommages et intérêts pour avoir eu des rapports sexuels non protégés avec trois hommes, sans les informer de son état, a rapporté dimanche l'agence TT.
Aucun des trois partenaires de l'accusée, jugée pour "mise en danger de la vie d'autrui", n'a été contaminé par le VIH.
S'il a déclaré coupable la femme séropositive, le tribunal d'instance de Sunne (sud-ouest) lui a toutefois trouvé des circonstances atténuantes, compte tenu de son faible taux d'infection au moment des faits.
La Cour n'a pas exclu qu'elle se soit persuadée que son taux d'infection était si faible qu'elle ne courait pas le risque de transmettre le virus du sida. Il n'est pas sûr qu'elle aurait eu des rapports non protégés si elle avait cru que ses partenaires pouvaient être infectés, selon le tribunal de Sunne.
par ericjeanloicbreton le 2003-01-04 12:22:54
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Samedi 4 janvier 2003
DROGUE
Les fumeurs de joints exemptés de prison ? Le nouveau président souhaite adoucir la législation en excluant la prison pour les consommateurs de cannabis.
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| "La loi de 1970", incriminant l'usage de stupéfiants, "s'est progressivement vidée de son sens et n'est plus applicable" affirme le nouveau président de la Mission interministérielle de lutte contre la drogue et la toxicomanie (MILDT) dans une interview publiée par Le Monde daté de vendredi. "L'expérimentation du cannabis est un phénomène de masse", constate le remplaçant de Nicole Maestracci qui s'était pourtant vue reprocher par la droite son manque de fermeté sur la question des drogues douces. Didier Jayle affirme cependant vouloir "aller plus loin" que le "bon" bilan de son prédécesseur. "La chute des barrières entre les drogues licites et illicites est un fait positif". "La France compte environ 2 millions de fumeurs réguliers de cannabis, parmi lesquels 5% à 10% ont un usage problématique. C'est considérable", affirme le nouveau patron de la MILDT qui estime à l'inverse que, s'il faut assouplir la législation, "le discours sur les méfaits du cannabis n'a pas été assez énergique".
Plus de prison pour les usagers
"La priorité est d'abord de retarder l'âge des premières consommation et de soutenir les parents", estime-t-il. "Il faut modifier la loi, lui redonner du sens pour qu'elle soit mieux comprise, appliquée. Cela implique des schémas nouveaux, excluant la prison pour les simples usagers, avec par exemple un système d'amendes, plus simple, plus efficace". Concernant l'alcool, Didier Jayle indique que "les actes asociaux (violence, insécurité routière...), les polyconsommations justifient de maintenir l'alcool dans le champ d'action de la MILDT". Et il souhaite "le renforcement des unités d'alcoologie".
par ericjeanloicbreton le 2003-01-04 12:17:28
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Samedi 4 janvier 2003

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Chet, si longue fut la chute Le destin tragique du trompettiste américain Chet Baker, relaté dans une biographie sans concession.
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Par Edouard LAUNET
samedi 04 janvier 2003

 «Je voulais savoir comment tant de beauté a pu surgir de tant de sordide.» James Gavin, biographe de Chet Baker |
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Deep in a Dream, the Long Night of Chet Baker de James Gavin. Editions Knopf (New York). Pas de traduction française prévue. 430 pp. 28 euros.
e vendredi 13 mai 1988, vers 3 heu res du matin, Chet Baker tombait, ou peut-être se jetait, du deuxième étage de l'hôtel Prins Hendrik à Amsterdam. Depuis des mois, le trompettiste et chanteur au charme singulier n'était plus qu'un cadavre ambulant. Sa dose quotidienne d'héroïne avait grimpé à six grammes, sans compter la cocaïne qu'il y mélangeait en speedballs. Chet venait de parcourir l'Europe en tous sens pendant plus de dix ans, y donnant d'innombrables concerts parfois miraculeux, souvent désastreux. Il n'avait pas de domicile fixe, pas de compte en banque. L'argent de la musique passait directement dans la seringue, qu'il se plantait dans la gorge faute de veines praticables sur le reste du corps. Les dernières images que l'on a gardées de Chet Baker sont celles du documentaire de Bruce Weber, Let's Get Lost, tourné peu avant sa mort. Triste film, qualifié de «merde» et de «trahison» par ses derniers proches, dans lequel Chet est figé en gravure de mode heroin chic. Weber a semblé plus soucieux de filmer son propre fantasme de Baker en ange déchu que de fouiller l'âme du bonhomme.
Blessure. Mais qui était vraiment ce petit blanc «qui avait débuté comme James Dean et fini comme Charles Manson» (dixit l'animateur américain Steve Allen), et d'où lui venait ce chant en forme de blessure contagieuse ? La confession de Baker, Comme si j'avais des ailes (éd. 10/18, 2001), ne nous renseigne guère : ce texte court et laconique écrit dans les années 70 occulte les faits les plus douloureux. Plus instructifs sont l'ouvrage du Néerlandais Jeroen de Valk, Chet Baker : his Life and Music (paru en 2000 aux éditions Berkeley Hills) et surtout celui de l'américain James Gavin, Deep in a Dream, publié cette année aux Etats-Unis chez Knopf. Ce dernier, fruit de six ans de travail, est la première grande biographie de Chet jamais écrite. Elle livre un portrait sec, sans complaisance et, pour tout dire, cruel.
Chesney Henry Baker Jr, né en 1929 dans l'Oklahoma, n'a jamais été celui qu'il semblait être. Après une jeunesse médiocre, il accède instantanément à la célébrité au début des années cinquante aux côtés de Charlie Parker et de Gerry Mulligan. C'est un musicien brillant, quasi autodidacte, qui se laisse guider par son oreille. Sa belle gueule en fait la figure de proue du cool jazz de la côte Ouest, les filles lui courent après. En 1953, les lecteurs de Down Beat le consacrent meilleur trompettiste de l'année, devant Armstrong, Davis et Gillespie. Chet reste au zénith pendant deux ans. Puis c'est la chute, vertigineuse.
On trouve sa musique trop classique et le garçon trop inconstant. Les musiciens noirs jugent scandaleux que Baker soit plus célébré que Clifford Brown ou Miles Davis, Horace Silver se moque de ce «jazz de pédés». Chet lui-même prend conscience de ses limites lorsqu'en février 1954, au Birdland de New York, la crème du jazz East Coast (noire, violente, défoncée) rencontre la crème du West Coast (blanche, éthérée et tout aussi défoncée). Dès ce moment, semble-t-il, Chet se met à tâter de l'héroïne, comme la plupart de ses confrères.
«Sale type». Dans l'intimité, Baker est un type peu causant, peu fiable et plutôt antipathique, à en juger d'après les témoignages assassins recueillis par James Gavin. Il vit quasiment en clochard, fait de la taule. Bientôt, son seul horizon sera son prochain «fix», son seul lieu d'expression sera la scène, là où l'on voudra encore de lui. Son salut viendra de l'Europe, notamment de l'Italie où il entame une nouvelle carrière à la fin des années cinquante. «Là-bas, on adule les artistes tragiques qui font dans l'autodestruction», raillera son ancien compère Gerry Mulligan, un brin jaloux. Mais là-bas, ça ne s'arrange pas non plus : Palfium (analgésique morphinique, ndlr), héroïne, prison, dèche, trahisons.
La chute continue, minutieusement détaillée par Gavin. Au point qu'on se demande où le biographe a puisé sa motivation pour consacrer tant de pages à un homme qu'il considère de toute évidence comme un pauvre type. «Je voulais savoir comment tant de beauté a pu surgir de tant de sordide», a confié Gavin. Le fait est qu'il n'a pas trouvé. Peut-être eût-il fallu analyser l'incidence de l'héroïne sur la production de Chet, bien que cela soit là un terrain périlleux. Le pianiste Hal Galper a qualifié le style de Baker de «behind-the-beat be-bop groove, the junkie beat». Comme Billie Holiday, autre junkie notoire, Baker fait en effet tomber ses notes juste derrière les temps, en gardant cependant un impeccable sens du tempo. Comme s'il devenait maître des pendules, comme si ses mélodies s'étaient affranchies des bêtes contraintes de la structure rythmique. Mais soulignons que, vraiment défoncé, le «James Dean du jazz» était pratiquement incapable de jouer. Sur ce chapitre, Charlie Parker, accro dès l'âge de quinze ans, a dit naguère l'essentiel : «Tout musicien qui dit qu'il joue mieux avec de l'herbe, une seringue ou quand il est bourré, est un putain de gros menteur.»
Baker touche le fond du fond à la fin des années soixante, de retour aux Etats-Unis. Menus larcins, éphémère boulot de pompiste, disques lamentables. Après s'être fait casser la gueule par des dealers à San Francisco, il doit porter un dentier. Pas idéal pour jouer de la trompette. Le registre des aigus lui étant devenu inaccessible (mais il n'en abusait déjà pas vraiment), il descend encore dans les graves, jouant en moyenne une demi-octave plus bas que la moyenne des trompettistes. Il souffle du bout des lèvres, avec ce son rond et doux qui reste sa signature. Pour la première fois de sa vie, Chet bosse son instrument. Puis il repart à l'attaque en Europe où, à partir de 1974, il commence à produire sa meilleure musique : c'était son avis, et il est largement partagé.
Gueule de spectre. L'ange a désormais une gueule de spectre, sa voix féminine d'hier s'est beaucoup voilée, sa consommation hebdomadaire d'héroïne suffirait à décimer un troupeau. Mais jamais son jeu et son chant n'ont été empreints d'autant de sensibilité. «Pour moi, improviser c'est comme raconter une histoire à un enfant, confia Chet un jour. Tu ne peux pas balancer tout un tas de mots qu'il ne comprendrait pas. Il faut commencer par une phrase toute simple, puis la développer».
En Europe, Chet Baker garde autour de lui quelques fidèles (Jacques Pelzer, Micheline et Michel Graillier, entre autres), qui l'aident à traverser les heures les plus sombres. Il laisse dans son sillage pas mal de cadavres, morts par overdose. «Le seul moyen d'avoir une vraie relation avec lui, c'était à travers la drogue», témoigne Ruth Young, une de ses maîtresses. Baker avance plein pot vers son ultime plongeon. On va à ses concerts avec une curiosité morbide. «Les gens venaient comme au cirque, lorsqu'on attend que le trapéziste tombe. Ils pensaient toujours que ce serait son dernier concert», se souvient la patronne du New Morning, Eglal Farhi. Tout comme naguère on allait écouter Judy Garland, saturée d'alcool et de pilules, en guettant le moment où elle s'effondrerait.
A 58 ans, au pied du Prins Hendrik Hotel, Chet Baker redevient un ange, après une «longue nuit» dont James Gavin ne nous aura épargné aucun détail.
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par ericjeanloicbreton le 2003-01-04 12:09:59
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Samedi 4 janvier 2003
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